Historique


Le secteur public a de la peine à produire de bons formateurs car il n'est pas soumis à la pression de la concurrence. C'est pour cette raison qu'il fait fréquemment appel à des consultants du secteur privé pour l'instruction pointue de petits organismes à vocation particulière.


L'instruction du tir est passée par trois générations:

1) l’époque héroïque
2) l'instruction classique;
3) la technique moderne;


Avec d’autres, nous nous proposons de passer au stade suivant, l’instruction intégrée.

L’époque héroïque


Jusqu'au milieu du XIXème siècle les limitation techniques, notamment l'absence de rayures du canon, ainsi que l'usage de poudre noire, limitaient la portée et la précision des armes légères. La généralisation des canons rayés a été rendue possible par l'apparition des armes à chargement par la culasse. Toutefois, la fumée dégagée par la combustion de la poudre noire, combinée à la vitesse relativement réduite des projectiles, limitait la portée et la précision. Ce n'est qu'avec l'invention de la poudre sans fumée par l'ingénieur français Paul Vieille que l'instruction au tir individuel précis avec une arme légère a pu véritablement prendre son essor. Le quart de siècle de 1889 à 1914 aura été "l'âge d'or du fusil". Les possibilités techniques de l'arme y ont été exploitées à un degré rarement égalé ultérieurement. Le tir à des distances supérieures à 500 mètres était considéré comme allant de soi. Preuve en est la valeur affichée sur les hausses des fusils de l'époque, jusqu'à 1800, voire 2000 mètres. La formation d'un fusilier prenait un temps considérable, parfois plusieurs mois. Le soin amené à l'instruction du tir est encore perceptible dans les programmes actuels du Corps des Marines US, qui sont pour l'essentiel identiques à ceux d'il y a cent ans.


La première guerre mondiale a changé les conditions-cadre. Après l'hécatombe de l'automne 1914, la majorité des bons tireurs des armées en présence étaient morts ou blessés. Il a fallu trouver un système d'instruction plus rapide pour alimenter les régiments. Inévitablement, la qualité du tir en a pâti, mais pas le réalisme. L’armée allemande, par exemple, avait bâti des réseaux de tranchées à l’arrière du front, où les corps de troupe pratiquaient à balle, contre plastrons, en tirant au-dessus de la tête de “l’adversaire.” Les inévitables pertes et bavures étaient alors considérées comme acceptables au vu du chiffre des pertes quotidiennes quelques kilomètres plus loin. Pour des raisons évidentes, ce mode d’instruction n’a pas été conservé lors du retour à la paix.

L’instruction classique


Dès l’entre-deux guerres, elle s'est faite essentiellement au moyen du tir "sportif", à la cible à mouche. Ce système ne préparait pas vraiment les combattants à leurs tâches futures.


Les tireurs, en particulier, n'apprenaient pas à vivre avec leurs armes, ce qui a provoqué inévitablement des accidents. Par réaction, les systèmes d'instruction se sont raidis, et ont produit une quantité considérable de prescriptions de sécurité, par "cristallisation de la peur". Le réalisme a peu à peu quitté les champs de tir…

Ainsi, les manœuvres à tir réel sont devenues peu à peu l’exception, ce qui a conduit à dissocier l'instruction du tir de celle du combat. En outre, une culture "anti-armes" s'est insidieusement mise en place dans les unités, conduisant à une véritable schizophrénie qui a perduré jusqu'à nos jours.

L’instruction au tir de police a suivi le même schéma, en se basant sur du tir à la cible, à l’exception notable des travaux de Fairbairn et Sykes dans les années 20, puis de Hank Sloan et de ses successeurs dès les années 30.

L'instruction "moderne"


Les travaux de Jeff Cooper, Chuck Taylor, Roger Swaelens, Massad Ayoob, John Farnam entre autres, menés sur une génération, entre la fin des années 50 et le début des années 90, ont amené une évolution notable de l'instruction au tir. Dans la technique moderne, le tireur apprend à vivre avec son arme, à toucher dans toutes les positions, à des distances réalistes, et à maintenir son arme en état de tir (maintenance préventive, changements de magasins, traitement de dérangements), le tout sous pression de temps, comme simulateur de stress.

La prolifération d'écoles de tir privées, aux Etats-Unis notamment, a garanti, par le jeu de la concurrence que seul les meilleures techniques survivent. Certaines armées et polices européennes ont commencé à adopter ce système dès le milieu des années 90, et ont ainsi virtuellement éliminé les accidents, et permis à nouveau l'intégration de la tactique.

L'instruction intégrée


L'instruction intégrée commence là où la technique moderne s’arrête, en intégrant dans les séances de tir un autre savoir -faire. Par exemple, après chaque série de tir, on communique en trois dimensions: avec l'adversaire, avec le voisin, vers le haut (centrale d'engagement, police, etc.) – l'adversaire et le haut sont joués par le moniteur. Tous les moyens de contrainte ou les moyens de combat sont intégrés dans la formation des tireurs. En outre, les stimuli déclenchant les actions et réactions se sont affinés.

De manière naturelle, l'instruction au tir n'est plus considérée comme une activité particulière, mais comme une partie de l'instruction ordinaire. Elle s'intègre avec le reste… En outre, certains exercices sont mis en situation par une donnée d'ordre abrégée. Cette manière d'instruire donne de très bons résultats car elle replace les tireurs dans un contexte réaliste (par exemple, le “Drill du carré”).

Finalement, l'instruction intégrée inclut le travail en binôme et en petites équipes, et prépare les chefs des petits éléments à entraîner et à commander leurs équipiers sous le feu.

Un recours fréquent au travail contre plastrons permet d'évaluer les performances individuelles et collectives en conditions réalistes.